Il se confie avant la sortie du film sur Gilles
20 septembre 2026 – 15:28
Alors que le film Gilles Villeneuve : l’ascension d’une légende (avec Rémi Goulet, qui incarne Gilles Villeneuve) sortira en salle le 11 novembre prochain, Jean Alesi, une autre figure marquante de l’histoire de Ferrari, s’est confié sur son amour du pilote canadien. Un récit riche en souvenirs et en émotions du côté du natif d’Avignon.
Jean Alesi a une course à citer au moment d’évoquer la carrière de Gilles Villeneuve : sa victoire à Monaco en 1981. Un de ses tout premiers souvenirs en F1, et quel souvenir…
« Quand j’étais très jeune, la F1 n’était pas aussi populaire qu’actuellement, il n’y avait donc pas beaucoup d’occasions de la regarder à la télévision. Nous avions le Rallye Monte-Carlo près de chez nous à Avignon, où j’ai grandi, et en France, nous avions aussi les 24 Heures du Mans. Mes souvenirs d’enfance sont donc liés au sport automobile, mais pas tellement à la F1. »
« Avignon et le Paul Ricard étaient cependant très proches et, quand j’étais enfant, ils faisaient les essais hivernaux de F1 au Paul Ricard. J’ai eu la chance d’y aller, d’être près des pilotes, de voir les voitures, d’aller regarder dans les virages. C’était fantastique. »
« Le premier vrai souvenir que j’ai de la F1, c’est la victoire de Gilles Villeneuve à Monaco en 1981. C’était tout simplement incroyable, car c’était tellement spectaculaire, sa façon de piloter, et la manière dont le commentateur décrivait sa course. J’étais pétrifié en regardant ça, et c’est mon premier vrai souvenir de la Formule 1. »
« J’ai grandi à une époque de la Formule 1 où le style de pilotage de chaque pilote était évident. Il était facile de voir le style de pilotage d’un Alain Prost par rapport à un Ayrton Senna, par exemple, pour parler des légendes ! Certains pilotes avaient des moteurs V8, d’autres des V10, d’autres des V12, ce qui rendait l’aérodynamisme différent sur les différentes voitures, et les pilotes devaient s’adapter. »
Si Jean Alesi admirait Gilles Villeneuve, a-t-il pour autant accepté de copier son style de pilotage, légendaire, spectaculaire… mais aussi agressif ?
« On me demande parfois si j’ai calqué mon style de pilotage sur celui de Gilles, mais je pense que c’est impossible. J’ai simplement piloté à l’instinct toute ma vie. Les gens accusent Gilles d’avoir conduit de manière imprudente, mais il ne l’était pas. Pour moi, il tirait le maximum de la limite de la voiture, et il faisait le maximum pour ne pas immobiliser la voiture sur le bord du circuit. »
« Quand il a couru au Canada avec un aileron avant endommagé, par exemple, il a essayé de continuer parce qu’il disait que la voiture pouvait avancer. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous aimons Gilles. »
S’il n’a pas cherché à copier le style de Villeneuve, Alesi a essayé, au moins, d’avoir son numéro fétiche !
« Gilles était célèbre pour avoir couru avec le numéro 27, et bien sûr, je suis également lié à ce numéro. Mon bateau s’appelle 27, et le 27 était pour les fans de Ferrari le numéro à avoir. Quand je suis arrivé chez Ferrari, mon coéquipier était Alain Prost. Il avait le 27 et j’avais le 28, et je disais toujours que le jour où Alain partirait, je voudrais prendre son numéro, et c’est ce que j’ai fait ! Et quand Gerhard Berger est venu me rejoindre chez Ferrari en 1993, il a dit : “Je veux le 27” et on lui a répondu : “Non, c’est celui de Jean”. Le 27 était donc vraiment le numéro de Ferrari. »
Evoquer Gilles Villeneuve en F1, c’est bien sûr aussi évoquer le drame de mai 1982, lorsque dans les dernières minutes de la séance de qualifications du Grand Prix de Belgique, sur le circuit de Zolder, Gilles Villeneuve a trouvé la mort.
« Malheureusement, je n’ai jamais eu la chance de voir Gilles courir en chair et en os avant sa mort. Je me souviens avoir vu l’annonce de son décès aux informations. L’accident était terrible car ils ont tout montré : on pouvait voir son corps voler dans les grillages. Ce fut un moment très triste, car c’est choquant d’avoir un tel héros et de voir ce qui lui est arrivé » se souvient Alesi.
Jean Alesi a aussi la particularité d’avoir couru en F1 contre le fils de Gilles, Jacques. Et leur premier contact a été un peu brutal.
« En 1996, quand il est arrivé en F1, je lisais le journal et j’étais très contrarié par Jacques à cause de certains commentaires qu’il avait faits sur son père et sur l’héritage de Gilles. »
Jacques avait en effet commencé par se tenir à distance de l’héritage de son père, affirmant simplement qu’il voulait tracer son chemin entte indépendance et que ses réussites étaient avant tout les siennes.
Ce qui n’a pas plu à Alesi…
« Plus tard, nous faisions des essais à Estoril et son manager m’a demandé si je pouvais ramener Jacques sur le vol de retour vers Nice, car j’allais dans le sud de la France. Et j’ai dit oui, sans problème. »
« Après les essais, nous étions dans l’avion, et après le décollage, j’ai dit à Jacques : “Jacques, ne dis plus jamais quelque chose comme ça sur ton père. Si tu es là, c’est grâce à ton talent, c’est grâce à ta passion, peu importe, mais tu es le fils de Gilles Villeneuve, le héros des héros.” »
« J’étais vraiment en colère. Et il m’a dit que non, ce n’était pas vraiment ce qu’il voulait dire. Mais je pense que c’était difficile pour lui, bien sûr, de perdre son père quand il était enfant, et je suis sûr qu’au fond de lui, il a une sorte de… pas de frustration, mais de douleur. »
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