Trois dixièmes derrière Mercedes, mais bien plus côté châssis
À l’approche d’une décision clé sur l’équilibre des performances moteurs en Formule 1, Red Bull Racing refuse toute idée selon laquelle son groupe propulseur ferait référence. Mais l’équipe reconnaît que la tâche de la Fédération Internationale de l’Automobile s’annonce particulièrement délicate… et elle reconnait qu’elle pourrait faire l’impasse sur toute évolution immédiate même si elle y était autorisée pour son moteur Red Bull Ford.
Dans les prochaines semaines, probablement entre les Grands Prix du Canada et de Monaco, les motoristes devraient être fixés sur l’attribution des ADUO (Additional Design and Upgrade Opportunities), un mécanisme visant à accorder davantage de liberté de développement aux constructeurs en difficulté.
Ce processus, susceptible de rebattre les cartes, suscite déjà de nombreuses interrogations. Certains soupçonnent des jeux d’influence, voire des stratégies visant à masquer le véritable niveau de performance, tandis que des débats émergent sur l’impact de choix techniques, comme la taille du turbo, dans l’évaluation finale.
Patron de Mercedes, Toto Wolff a récemment estimé que seul Honda devrait bénéficier de ces ajustements, jugeant les autres motoristes relativement proches en termes de performances.
Mais du côté de Red Bull, Laurent Mekies adopte une lecture différente, tout en reconnaissant la complexité du dossier.
“Ce jeu autour de la classification, nous en entendons parler depuis Bahreïn, et nous essayons de ne pas y entrer. Nous reconnaissons que c’est une tâche difficile. Nous nous contentons de vous dire ce que nous voyons.”
“Et ce que nous voyons, c’est clairement Mercedes, très loin devant la plupart d’entre nous. Et oui, vous avez raison, un acteur [Honda] est particulièrement en retrait.”
“Les autres sont probablement assez proches de nous, Ferrari et Audi, et il est juste de dire que Honda est un peu plus en difficulté.”
“Extraire la performance du moteur thermique de manière juste entre les équipes est très difficile. Je pense que les résultats globaux donnent probablement l’image la plus juste de la situation de chacun.”
Malgré certaines analyses du paddock suggérant que le moteur Red Bull pourrait rivaliser avec celui de Mercedes, Mekies réfute cette lecture : “Trois dixièmes, c’est l’écart que nous estimons en interne.”
“Il est très difficile de voir les différences. Mais nous avons tendance à attribuer cet écart au moteur thermique, puisque la puissance électrique est plafonnée.”
“Quand on parle de différences significatives, comme des écarts au tour de plusieurs dixièmes, cela vient principalement du moteur thermique.”
Une équation technique complexe pour la FIA
Mekies insiste sur la difficulté pour la FIA de trancher objectivement entre des architectures très différentes.
“J’aimerais croire que nous essayons de rester en dehors de ce jeu,” explique-t-il au sujet d’éventuelles dissimulations de performance.
“Lors des essais hivernaux, nous avons simplement indiqué où nous pensions nous situer. À ce stade, les difficultés objectives pour évaluer qui est où, y compris pour la FIA, sont élevées, très élevées.”
“La complexité pour bien faire les choses est importante, pour des raisons comme le moteur thermique par rapport à la batterie, et des choix fondamentaux : petit turbo, gros turbo, soufflage des gaz d’échappement ou non. Ce n’est pas une tâche agréable à accomplir.”
Concernant une éventuelle dissimulation de performance, il nuance : “Je ne le pense pas. D’accord, Mercedes a un avantage suffisamment important pour être tentée, pourquoi pas, mais tous les autres n’ont pas ce luxe.”
“Tout le monde se bat pour des points. Mais avec des architectures différentes, la puissance du moteur thermique est très difficile à évaluer de manière équitable.”
Des évolutions attendues pour Red Bull Ford mais pas immédiates
Si l’attribution des ADUO pourrait théoriquement permettre des évolutions rapides, Red Bull ne s’attend pas à en profiter immédiatement.
“Même si, en théorie, vous avez le droit de le faire dès la course suivante après la décision, sommes-nous prêts à le faire ? Probablement pas parce que nous avons au moins 4 moteurs à produire pour 4 voitures lorsque nous le déciderons.”
“La réglementation vous oblige donc à choisir votre moment. Il faut regrouper les évolutions pour qu’elles soient suffisamment significatives.”
“De manière réaliste, je ne pense pas que vous verrez cela en début de saison, du moins pour nous. Mais en seconde partie de saison, nous essaierons d’attaquer, avant la fenêtre 2027 où il sera de toute façon possible d’évoluer. “
Malgré le déficit reconnu face à Mercedes, Mekies se montre positif quant aux débuts de Red Bull Powertrains.
“Cela a clairement dépassé les attentes, très clairement. Nous nous préparions à un point de départ beaucoup plus éloigné.”
“Même si c’est un environnement compétitif, et que deux dixièmes font une grande différence face aux meilleurs, cela aurait pu mettre le projet en grand danger pendant deux ou trois ans.”
“Le spectre du groupe propulseur peu performant a disparu. Nous avons nos propres problèmes. Nous devons récupérer ces dixièmes ailleurs. Nous devons corriger ce que nous devons corriger sur la voiture. Nous savons comment faire. Cela va arriver, pas à Miami, mais cela va arriver.”
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